Escherichia coli ou la bactérie tueuse d’hommes et de marché

Il aura fallut cinq semaines de traque intense pour trouver le responsable de cette première crise estampillée « agriculture biologique » : la souche Escherichia coli entérohémorragique O104:H4, causant diarrhées banales ou sanglantes pouvant évoluer, chez les sujets sensibles, vers le syndrome hémolytique et urémique (SHU). Mais contrairement à ce qui avait été avancé par les autorités allemandes, ce ne sont ni les concombres et ni les tomates espagnoles qui doivent être pointés du doigts mais bel et bien des lots de graines germées provenant d’une production d’outre Rhin.

 

Bactérie d'Escherichia coli vue au microscope électronique. La barre d'échelle représente 1 µm. - DUCLUZEAU Robert ©INRA

La question que tout le monde se pose alors est comment l’état allemand a-t-il pu –à tort- accuser la production de fruits et légumes étrangère, créant ainsi une crise économique majeure dans les circuits européens des fruits et légumes?

En effet, la production de fruits et légumes dans des champs, constitue un milieu très stressant pour ces bactéries. L’exposition aux ultraviolets de la lumière du soleil, à des variations d’humidité très brutales et l’adaptabilité à la vie en sol ne sont pas des conditions idéales à leur prolifération. Elles ont d’ailleurs plutôt tendance à mourir progressivement. A contrario, pour que des graines germent, il est nécessaire de les maintenir dans un milieu chaud et humide pendant deux à dix jours, permettant ainsi la multiplication des contaminants à la surface des graines, pouvant rapidement atteindre des niveaux suffisants pour causer une intoxication alimentaire.

 

La Commission européenne parle donc à juste titre de « crise de consommation partout » en Europe, avec une diminution radicale de la consommation de fruits et légumes, et pas seulement des concombres. La fédération agricole allemande évoque, pour certains producteurs, notamment de concombres, des baisses de chiffre d’affaires « de 80% à 90% ».

Selon la Fédération européenne des produits frais, le manque à gagner hebdomadaire est de l’ordre de 80 millions d’euros aux Pays-Bas, 30 millions en France, 20 millions en Allemagne, quatre millions en Belgique et trois millions au Portugal, sans parler des 200 millions d’euros estimés par les agriculteurs espagnols, payant injustement le sérieux problème de communication allemand. Tout cela va donc mettre certaines entreprises en grande difficulté et ce dans un secteur déjà à la peine à cause de conditions climatiques pas toujours favorables ces dernières années.

 

Il serait donc assez judicieux de pouvoir traiter correctement ces « nouvelles cultures » afin que ce genre de crise ne se reproduise plus. Le problème ici est que, à priori, cette bactérie allemande possèderait plusieurs gènes de résistance à de nombreux antibiotiques rendant les traitements antibiotiques inefficaces voire même dangereux.

 

Ce qui permet de soulever deux problèmes majeurs actuels : l’utilisation excessive de ces mêmes antibiotiques dans les élevages d’animaux de consommation et les pratiques de agriculture «biologique» bannissant la chimie phytosanitaire et les règles hygiéniques de base. Dans tous les cas, c’est le consommateur qui, étant le dernier maillon de la chaine, en fait les frais.

About Doriane

Future ingénieur en agroalimentaire, je suis passionnée par mon domaine d'étude et écrire des articles pour blogagroalimentaire.com est pour moi une façon de me tenir au courant de toute son actualité

4 Responses to Escherichia coli ou la bactérie tueuse d’hommes et de marché

  1. Agro-media 20 juin 2011 at 16 h 02 min #

    Eh oui, l’Allemagne a crié au loup et les conséquences sont désastreuses pour les producteurs de fruits et légumes européens… Mais si elle a accusé les concombres en premier lieu, c’est parce qu’il était possible de recouper leur consommation dans les témoignages de plusieurs patients… Mais le système d’alerte européen devra être revu, cela devrait être mis en place.

  2. Leroy E 21 juin 2011 at 10 h 04 min #

    Sans même critiquer la communication lamentable des autorités allemandes, je fais les constats suivant:
    - il a fallu 5 semaines pour avoir une certitude quant à l’origine de l’infection provenant de produits végétaux, pourquoi?
    - Dans les produits de viande, la traçabilité est maintenant si poussée qu’il faut à peine 24h pour tracer une telle cause? (voir le problème du steack haché en France)
    - Pourquoi cela n’existe-t-il pas pour les végétaux si « chaudement » recommandés à l’heure actuelle?
    - Où est la fameuse traçabilité européenne dans ce cas?
    - Y aurait-il 2 poids, 2 mesures?
    - C’est la viande qu’on incrimine le plus souvent dans les médias, mais ce sont les légumes (ici bio) qui tuent…

  3. Elendil 5 juillet 2011 at 10 h 25 min #

    La liste des problèmes du dernier paragraphe comporte une énormité ! On est d’accord sur le problème des antibiotiques, on est d’accord sur le fait que l’agriculture Bio bannie la chimie phytosanitaire, MAIS dire que la Bio bannie les règles d’hygiène de base est une erreur grave. Les règles et procédures d’hygiène sont exactement les mêmes en bio et en conventionnelle puisqu’elle sont régies par le même texte réglementaire européen (dit « Paquet hygiène », certes plus draconien sur les produits animaux que végétaux comme le souligne Leroy E). Les règles bio viennent compléter les règles « classiques » et ne s’y substituent en aucun cas.

  4. JPHLAB 7 septembre 2011 at 13 h 40 min #

    Leroy E, sache qu’il n’est pas évident de trouver l’aliment en cause. Car pour pouvoir identifier cet aliment il faut pouvoir retrouver la bactérie ou la toxine qu’elle a produit à la surface ou à l’intérieur. Que l’inoculum (quantité de bactéries) peut être très infime pour déclencher ce genre de syndrome. Ainsi il arrive souvent que ces germes ce trouve en des quantitié inférrieur au seuil de détection. C’est à dire que les bactéries sont bien là, mais les méthodes de détection ne sont pas assez sensibles pour les « voir », ça co^mplique beaucoup les investigations.

    http://fbhleblog.wordpress.com/2011/07/13/lanses-fait-un-point-sur-les-infections-a-e-coli-o104h4-et-consommation-de-graines-germees/

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